La pyrale du buis, cet ennemi destructeur et invincible

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La pyrale du buis, cet insecte qui a colonisé la France et nos régions, semble maintenant bien implanté et ne cesse de créer des dégâts dévastateurs sur nos buis, mais pas seulement.

La Cydalima perspectalis est un papillon nocturne aux ailes blanches bordées de brun. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est en réalité sa chenille qui est à l’origine des dégâts spectaculaires sur toutes les plantations de buis, et plus précisément sur le buis à feuilles rondes (Buxus sempervirens “Rotondifolia”).

De couleur jaune à vert foncée, striée de bandes noires, la chenille à une longueur pouvant atteindre 5cm.

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Comment s’est-elle implantée en France ?

Originaire de Chine, elle se serait d’abord introduite en Allemagne dans les années 2000, profitant de cargaisons commerciales provenant des pays asiatiques. Elle a ensuite très vite colonisé les départements français et les pays limitrophes, à partir de 2008.

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En 2014 et 2015, elle envahit littéralement la France, au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest, dans des régions au climat différent. Dans nos départements, elle a colonisé la Haute-Savoie en 2012, et une bonne partie de la Savoie plus récemment. Le pourtour du lac du Bourget a notamment été ravagé au cours de l’été 2016.

Les hivers doux facilitent grandement l’implantation de la Pyrale du Buis. À ce rythme, il faudra peu de temps pour que la totalité de la France ne soit envahie.

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Comment se reproduit-elle ?

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  1. À partir de fin février – début mars, selon les températures, les dernières larves de chenilles (nymphes) de la saison précédente sortent d’hivernage et commencent à s’alimenter. Elles ont passé l’hiver dans la face intérieure d’une feuille, dans une sorte de cocon, fait de feuilles et de soie blanche.
  2. Fin mars ou début avril, la chenille débute sa nymphose (transformation en papillon).
  3. Début de la période de vol et de reproduction. Cette première génération de papillon prend son envol fin mai, début juin. Les papillons sont exclusivement nocturnes.
  4. En France, on constate deux à trois générations par an. Durant toute cette période, les différentes phases de la Pyrale du buis vont cohabiter (nymphes, chenilles, papillons).
  5. La dernière génération passe l’hiver en l’état de jeunes chenilles logées dans des cocons.

 

Une femelle ne vit qu’une quinzaine de jours, mais parvient à pondre jusqu’à 1200 oeufs. De couleur jaune pâle, ils développent un point noir dès que la tête de la larve est formée. Même à des températures de 15°c, le cycle complet peut se faire.

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Quels sont les ravages de la Pyrale ?

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Les chenilles dévorent l’ensemble du feuillage et peuvent même s’attaquer à l’écorce du buis. Ainsi défoliés voire écorcés par endroit, ils dépérissent et se dessèchent.

Les jardins des particuliers sont touchés, et les massifs forestiers le sont également. La plupart des buis ne meurent pas lors d’une première attaque. On ignore cependant s’ils résisteront à une seconde agression de la Pyrale.

En plus de la perte patrimoniale que la mort des massifs pourrait représenter, l’on peut craindre des risques au niveau de la tenue des sols.

Certains sentiers de randonnées sont par ailleurs impraticables à certaines périodes, à cause de la gêne engendrée par la prolifération des chenilles. Et ce, même si elles ne sont pas urticantes.

 

Alors, comment lutter ?

Il existe plusieurs moyens de lutte, globalement peu efficaces. Les laborantins travaillent cependant sur de nouvelles méthodes encourageantes.

  1. Le piégeage des papillons mâles : les pièges n’ont pas prouvés leur efficacité sur la Pyrale. Il en existe au phéromones, à placer d’avril à novembre, qui sont censés attirer et capturer les papillons mâles.
  2. Le piégeage à la lumière : il ne permet pas de sélectionner le sexe des papillons et ne peut être considéré comme un moyen de lutte efficace.
  3. Le lâcher de parasites sur les oeufs : des essais prometteurs effectués en laboratoire sont actuellement en cours. Cette solution ne sera cependant pas opérationnelle avant plusieurs années.
  4. Favoriser la nidification des prédateurs : il s’agit de favoriser la présence de certaines espèces prédatrices de la pyrale du buis, comme les mésanges et les chauves-souris, qui semblent ne pas être sensibles aux alcaloïdes des chenilles. Bien que relativement efficace, cela semble difficile à mettre en oeuvre.
  5. Le traitement chimique : peu efficace, il nécessite un contact direct du produit avec la chenille (insecticide de contact). Beaucoup ne sont pas atteintes lors de l’application. Les papillons au stade volant ne sont pas touchés. Ces produits sont des Pyrethrinoïdes. Ils sont nocifs aux abeilles, papillons, et coccinelles. Les traitements ont également des impacts sur la santé des utilisateurs et des personnes qui fréquentent le jardin : enfants et animaux de compagnie. Cette solution est donc à proscrire.
  6. Le traitement au bacillus thuringiensis Kurstati (BTK) : c’est une méthode efficace mais contraignante (3 traitements par an). Il s’agit traitement biologique, consistant à diluer une poudre dans le pulvérisateur pour asperger les feuilles de buis. Les chenilles vont alors ingérer le bacille et en mourront. Le produit est sélectif des Lépidoptères (la pyrale du buis est un Lépidoptère). Il est donc inoffensif pour les autres espèces animales et pour l’homme.
  7. Le lavage à grande eau : laver les buis à grande eau et sous pression permet de nettoyer les buis des œufs et des larves présentes. Cette solution peut-être considérée comme un pis-aller.

Enfin, le moyen le plus efficace est certainement de donner l’alerte : si l’un de vos buis est touché, vous devriez en informer votre voisinage. Des actions collectives de surveillance et de traitement pourront ainsi limiter la propagation de l’insecte.

 

 

Faut-il remplacer le buis ?

S’il venait nécessaire de remplacer les buis morts, d’autres espèces pourrait les substituer.

Le Fusain (Euonymus) est un arbuste qui apprécie les mêmes conditions de culture. Il est très résistant et supporte le gel. Le fusain du japon et particulièrement la variété « microphyllus albovarigatus » est la plus adaptée à se substituer au buis.

Le chèvrefeuille arbustif (Lonicéra nitida) : son port est compact et buissonnant, persistant. Il est résistant à la sécheresse et au gel. Il se prête bien à la confection de haies.

Le houx (Ilex crénata) : il ressemble beaucoup au buis avec ses petites feuilles vertes lustrées. De croissance lente, il pousse aussi bien au soleil qu’à mi ombre et préfère les sols légèrement acide.

 

 

La pyrale est-elle définitivement implantée dans nos régions ?

On peut penser qu’avec le temps, et faute de nourriture, la pullulation des pyrales va finir par s’arrêter. Un équilibre devrait donc s’instaurer entre ce papillon, les buis survivants et les régulateurs. Il est cependant encore trop pour confirmer la résistance des buis à ces défoliations. Une partie de cette espèce risque de disparaître à tout jamais. Plusieurs hivers très froids seraient grandement salvateurs.

 

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